Jean Detheux en résidence à l’iACT


Nous avons eu le plaisir d’accueillir l’artiste visuel Jean Detheux dans nos studios pendant cet été. M. Detheux a utilisé nos installations afin de travailler, en collaboration avec le musicien Jean Derome, sur une oeuvre intitulée Machinalement. Voici quelques informations sur l’artiste et sur le travail effectué à l’iACT.

Machinalement

Pendant la saison 2006-2007, j’ai suivi quasi religieusement la série de spectacles d’improvisations danse-musique « Les événements de la pleine lune: Treize Lunes. Plusieurs amis musiciens y participaient, dont mon « maître de musique, » Jean Derome. Lors d’une soirée, il a utilisé sa flûte traversière comme je ne l’avais jamais vu, ou entendu: il créait une sorte de fugue à 4 voix en faisant dialoguer le son de ses doigts sur les clés, le son de sa respiration, le son de la flûte (bien entendu!), ainsi que le son de sa voix, le tout créant une musique hypnotique. J’en étais bouche bée, non pas devant une prouesse technique (car même si c’en est une, les prouesses techniques me laissent souvent de marbre) , mais devant un acte de poésie qui m’avait vraiment remué. Je suppose que je lui en ai parlé avec suffisamment d’enthousiasme pour le convaincre d’enregistrer (au Studio 270) pour moi plusieurs prises faites en se servant du même procédé. Mais bien que j’avais en main les prises enregistrés par Jean Derome, je n’arrivais pas à trouver la/une bonne approche qui rendrait justice à son travail remarquable. C’est grâce à la générosité de Jean Piché et de l’IACT de l’université de Montréal que j’ai eu accès, pendant les mois de juillet et août 2010, à un studio de rêve (« Elvis is alive and well, and lives in Montréal »;-), où j’ai pu commencer à explorer cette musique incroyable comme elle le mérite. (J. Detheux, août 2010)

Machinalement est une composition pour improvisateur qui j’ai apprise de Robert Marcel Lepage en 1978. L’idée de base de la pièce est la transposition pour instrument acoustique des différentes méthodes de manipulation sonore  qui étaient offertes sur les synthétiseurs et séquenceurs analogues de l’époque. Le joueur choisit une boucle qu’il maintiendra tout au long de la pièce en lui appliquant différentes couches de “traitements” comparables aux différents filtres, oscillateurs et modulateurs de fréquence qui étaient disponibles sur ce genre d’instruments. Cette version-ci, pour flute seule, utilise une grande variété de techniques: ajout de la voix, percussions de clés, onomatopées, coups de langues variés, déphasages entre le souffle, les doigts et l’articulation etc. (J. Derome, août 2010)


Extraits de Machinalement



Jean Detheux
Né en Belgique où il a fait de brillantes études artistiques (à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège), Jean Detheux a suivi une démarche de peintre qui, après plusieurs décennies, a été brutalement interrompue par des allergies aux vernis et autre térébenthine, allergies aussi soudaines que graves. Il s’est reconverti au numérique, ce qui l’a rapidement amené à se pencher sur le travail sur et dans le temps. De nombreux films sont nés de cette nouvelle démarche, films qui sont presque tous basés sur une exploration en profondeur des rapports mystérieux qui existent entre la musique et l’image en mouvement. Ses films ont été vus de Melbourne à Séoul, de Beyrouth à New York, La Nouvelle-Orléans et Los Angeles, de Moncton à Vancouver en passant par Montréal, Ottawa et Toronto et bien d’autres. Depuis 2005, il explore aussi le monde de la performance en temps réel (images et musique). Il va d’ailleurs présenter un concert basé sur une exploration visuelle et musicale de la transe, en compagnie du pianiste belge Jean-Philippe Collard-Neven (musique de Giacinto Scelsi, Morton Feldman, John Adams et de Jean-Philippe Collard-Neven) le 18 octobre, à 20h, à l’UdeM.

Sites d’intérêt concernant M Detheux:


« Each human being has the eternal duty of transforming what is hard and brutal into a subtle and tender offering, what is crude into refinement, what is ugly into beauty, ignorance into knowledge, confrontation into collaboration, thereby rediscovering the child’s dream of a creative reality incessantly renewed by death, the servant of life, and by life, the servant of love ».
Yehudi Menuhin



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